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Agroécologie

La prairie permanente : un patrimoine au cœur des pratiques agroécologiques

Maximiser la production agricole tout en améliorant le stockage du carbone dans le sol et l’efficacité de l’utilisation de l’azote est un défi majeur pour l’intensification durable des agro-écosystèmes. Certains types de terres agricoles sont particulièrement adaptés pour cela. Les prairies permanentes en particulier ont été mises en évidence pour leurs effets positifs sur l’environnement notamment à travers leur biodiversité.

Qu’est-ce qu’une prairie permanente ?

Au regard de la Politique Agricole Commune (PAC) européenne, une prairie permanente est une surface en herbe, en place depuis 5 années révolues. Elle s’oppose à la prairie temporaire semée pour 2 à 5 ans. La prairie temporaire s’intègre dans les rotations de cultures. Toute prairie temporaire qui n’a pas été déplacée devient prairie ou pâturage permanent au bout du délai réglementaire, même si elle a été entre-temps labourée et/ou ré-ensemencée.

Au-delà de ces considérations administratives, les prairies permanentes prennent des formes diverses : prés (humides ou non), pré-bois, landes, parcours, estives.

Au sein de chaque type de prairie permanente s’exprime une biodiversité propre qui dépend généralement des contraintes du milieu dans lequel la prairie se trouve. Des contraintes pédo-climatiques plus fortes (sols superficiels ou pauvres, engorgés en eau ou secs pendant plusieurs mois), entrainent généralement une plus grande diversité floristique et faunistique. En revanche cette diversité spécifique, très adaptée à un milieu contraint, est également très sensible au changement de ces contraintes. Les conséquences du changement climatique (changement du régime des pluies et des températures, arrivée d’espèces invasives) sont donc particulièrement néfastes pour ces milieux particuliers.

L’usage des prairies dépend de 2 facteurs principaux :

  1. Leur facilité d’accès : proximité aux bâtiments d’élevage, desserte par des routes et chemins praticables, relief limité.
  2. Leur productivité liée à la nature des sols, leur orientation (adret/ubac) et la flore présente.

Pour les parcelles facilement accessibles, l’agriculteur réalisera fauche et/ou pâturage par les animaux selon sa stratégie d’affouragement et sa gestion des stocks de fourrages. Pour les parcelles les plus contraintes, seul le pâturage est possible. La productivité aura une influence sur le nombre de prélèvements par les animaux ou l’agriculteur durant la saison de pousse ainsi que sur la durée d’utilisation pendant l’année : précocité en début de saison, praticabilité en fin de saison.

Les prairies permanentes laissent l’opportunité à une grande diversité d’organismes, trop souvent exclus des systèmes agricoles, de prospérer : oiseaux, petits mammifères, arbustes, etc.

Quels enjeux pour les prairies permanentes dans les systèmes agricoles actuels ?

Globalement et malgré les nombreux intérêts agro-écologiques et économiques des prairies permanentes (réserve de biodiversité, puit de carbone, zone tampon en cas de crue/précipitations violentes, stockage et épuration des eaux, diversité des paysages), leur place dans les systèmes agricoles est fortement remise en cause depuis plusieurs dizaines d’années sous l’influence de nombreux facteurs socio-économiques et naturels.

Dans un contexte de spécialisation des régions agricoles à l’œuvre depuis la seconde moitié du 20è siècle en Europe, de nombreuses zones géographiques ont perdu leurs prairies en même temps que leurs élevages.

L’intensification des pratiques d’élevage induit également une intensification des pratiques culturales pour les alimenter (augmentation de la productivité des prairies grâce aux intrants, mise en culture de prairies permanentes).

Depuis quelques années, l’abandon de l’élevage est effectif dans des régions qui y étaient jusque-là encore dédiées. Les difficultés socio-économiques associées à l’activité d’élevage qui s’accentuent ont découragées de nombreux éleveurs. Ceux-ci sont devenus polyculteurs ou ont quitté la profession.

Dans ce contexte, la déprise agricole constatée depuis 70 ans se poursuit. La conséquence directe est la fermeture des espaces agricoles, notamment en zones de montagne où la forêt progresse là où les animaux ne paissent plus. Des mesures contractuelles prévues par la PAC, les MAEC, permettent aujourd’hui à certains agriculteurs de ces zones de déprise de bénéficier de subventions pour les aider à maintenir de l’élevage sur les prairies menacées de fermeture. Pour y parvenir, il faut que les gestionnaires des territoires prennent la mesure de la menace qui pèse sur les prairies et in fine sur l’activité économique et le tourisme associés.

Enfin, comme évoqué précédemment, le changement climatique à l’œuvre génère des contraintes nouvelles sur les prairies subsistantes (sécheresse, érosion, invasions…). Ces contraintes souvent récurrentes ces dernières années mettent à mal ces systèmes écologiques diversifiés, et donc potentiellement résilients, mais poussé au-delà de leurs limites, dans des contextes initialement contraints.

Quel avenir pour les prairies permanentes ?

Les prairies permanentes représentent aujourd’hui en France près de 10 millions d’hectares soit 1/3 de la surface agricole utile française et près de 1/5 de la superficie du pays. De ce fait, ces espaces sont porteurs de nombreux enjeux liés à l’agriculture et bien au-delà.

Il est donc indispensable de considérer et de maintenir ces espaces malgré les tendances évoquées précédemment. Les pratiques agro-écologiques peuvent-être un moyen d’apporter des réponses concrètes face à la situation inquiétante des prairies permanentes : ré-introduction des élevages dans les systèmes céréaliers pour un meilleur équilibre des systèmes de production, agro-sylvo-pastoralisme, valorisation des refuges de biodiversité utile aux cultures avoisinantes, valorisation des ressources alimentaires locales.

Arrêter et inverser ce déclin des prairies permanentes est l’un des plus grands défis pour le maintien de la biodiversité européenne et des services écosystémiques au sens large.

 

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