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L’agroécologie Au Service Du Maintien De La Diversité Alimentaire

L’agroécologie au service du maintien de la diversité alimentaire

L’agroécologie a pour objectif de valoriser au mieux le fonctionnement de l’écosystème agricole afin de diminuer le recours aux intrants. Pour cela, il est pertinent de cultiver des variétés qui valorisent les ressources naturelles et sont adaptées aux conditions de sol et de climat. Or la sélection génétique de variétés productives dites “modernes” et leur diffusion a entraîné une homogénéisation des variétés cultivées d’une région à l’autre et l’arrêt de la production des variétés dites “population”, “anciennes” ou encore “de pays”.

Pourtant, ces variétés présentent un intérêt dans le cadre d’une transition agroécologique des systèmes de production. Face à ces enjeux, un groupe d’agriculteurs de l’Ain, le CDA et l’ADDEAR de l’Ain se sont associés pour remettre au goût du jour des variétés délaissées, dont ils peuvent gérer la semence, gage d’autonomie, et dont les propriétés gustatives et nutritionnelles séduisent les consommateurs préoccupés par la qualité de leur alimentation.

Le GIEE Graines de l’Ain : acteur de cette diversité

Le GIEE Graines de l’Ain est un groupe de 12 agriculteurs en agriculture biologique, qui produisent des variétés de blés “anciens” c’est-à-dire non inscrites au catalogue officiel des espèces et variétés de plantes cultivées (pour en savoir plus, consulter le site du GNIS, l’interprofession des semences et des plants en charge de leur certification au niveau français).

Né en 2013 ce projet regroupe 3 exploitations en grandes cultures et 9 en polyculture-élevage. Les agriculteurs engagés ont créé une association loi 1901 labellisée par le Ministère de l’agriculture Groupement d’intérêt économique et environnemental (GIEE). Dans cette démarche, le CDA et l’ADDEAR de l’Ain, associations accompagnatrices du GIEE, ont permis de structurer le groupe et de l’accompagner techniquement dans :

  • la définition collective des objectifs agronomiques, 
  • la mise en place et le suivi d’expérimentations, 
  • la mise en place d’une autonomie semencière
  • la structuration de la filière (débouchés, matériel de stockage et transformation).

Au niveau technique, le CDA anime la dynamique de recherche participative, favorise le partage d’expériences et la mutualisation de moyens de production.

Echantillons d’épis représentatifs des quatre variétés cultivées par le GIEE : 

Accompagnement par le CDA

Le rôle du CDA est d’accompagner les agriculteurs dans leur projet agroécologique. Il y a pour les agriculteurs, trois enjeux principaux : 

  • fonctionner en groupe,
  • apprendre à observer les blés pour sélectionner les variétés adaptées à leurs contextes locaux,
  • parvenir à l’autonomie semencière pour les variétés choisies. En effet, les semences ne sont pas achetées dans le commerce, il faut donc les multiplier à partir d’une petite quantité de semences récupérée auprès de conservatoires comme l’INRA de Clermont Ferrand par exemple.

Le CDA permet aux agriculteurs de développer ces savoir-faire via

  • des journées de structuration d’essais,
  • des bilans de campagne annuels et
  • par l’organisation de la logistique de gestion collective de la semence.

La circulation de la semence se base sur des échanges selon les règles d’usage définies par le collectif. 

Voici les étapes qui ont été suivies par le GIEE :

giee-graines-de-l-ain-etapes-de-selection

Variétés anciennes et agroécologie

Dans les années 1940, les blés ont fait l’objet d’une sélection pour adapter les variétés à la transformation industrielle et à une agriculture plus intensive. Cela aboutit aux blés dits «modernes » dont les principaux caractères sont les suivants :

  • Une paille nettement raccourcie, par croisement avec un blé nain
  • Un meilleur rendement et donc une plus faible teneur en protéines dans le grain par rapport aux blés “anciens” (effet dilution)
  • Des blés qui permettent de mécaniser le travail de la pâte à pain.

Avantages de cultiver des variétés anciennes 

Les blés “anciens” expérimentés dans le cadre de ce projet répondent aux principes de l’agroécologie dans la mesure où leur sélection est étroitement liée aux conditions climatiques et pédologiques locales et non plus aux facteurs intrants potentiellement nécessaires.

En effet, avec ces variétés, l’objectif n’est pas d’augmenter les rendements, mais de les stabiliser dans des conditions environnementales fluctuantes grâce à la diversité génétique qu’il existe dans la population. Autrement dit, ” il existe toujours dans la population des individus mieux adaptés aux conditions, qui, du fait de la sélection naturelle (ou opérée par l’agriculteur), tendent à laisser plus de descendants. (Isabelle Goldinger, INRA). On comprend donc l’importance de produire sa semence afin de la semer d’une année sur l’autre et de bénéficier de leur aptitude à s’adapter à leur environnement et à valoriser la ressource du milieu. Dans le contexte de changement climatique, l’adaptabilité de ces blés constitue une ressource intéressante (voir sur le site de l’INRA pour aller plus loin).

Ainsi, ils répondent également aux besoins du cahier des charges de l’agriculture biologique qui vise cette adéquation plante/environnement. Certaines variétés disposent en effet, d’une bonne résistance aux maladies et leur hauteur de paille leur permet d’être plus concurrentiels vis-à-vis des adventices (certains blés mesurent plus de 1,5m de hauteur) ce qui facilite la gestion sans pesticides.

De plus, cette quantité de paille est intéressante pour les éleveurs mais également pour restituer du carbone au sol et ainsi entretenir ou augmenter le taux de matière organique du sol et donc la fertilité. En terme de fertilisation, un travail d’expérimentation est nécessaire pour ajuster les itinéraires techniques à ces variétés “anciennes”. En effet, n’ayant pas été sélectionnées sur ce facteur, leurs comportements sont à définir. Les agriculteurs du GIEE s’engagent dans cette voie maintenant que l’autonomie semencière est atteinte.

Économiquement, ces blés occasionnent peu de charges lorsqu’ils sont cultivés dans le cadre de l’agriculture biologique, et dans un système où les principes agroécologiques sont respectés (apports de matière organique, rotation diversifiées). Cultivés en agriculture conventionnelle, ces blés peuvent nécessiter un minimum de fertilisation et des désherbages mécaniques en début de croissance, notamment si les conditions culturales sont dégradées (sols peu fertiles, pression mauvaises herbes élevée).

Enfin, les critères qualitatifs : teneur en protéine (14 à 15% pour certains blés), qualité boulangère et nutritionnelle, sont des arguments prépondérants pour valoriser au juste prix ces blés dans des filières “de niche” et ainsi compenser les faibles rendements.

Inconvénients de cultiver des variétés anciennes

Cultiver ces blés nécessite de connaître également leurs inconvénients.

  • La hauteur de ces variétés a pour conséquence de les rendre sensibles à la verse ce qui constitue un inconvénient en termes de facilité de récolte et de qualité du grain.
  • Aussi, leur développement est parfois hétérogène c’est à dire que tous les grains n’atteignent pas la maturité au même moment car ces blés ne sont pas des clones comme les variétés modernes, mais des populations dynamiques.
  • Les rendements de ces blés sont jugés “faibles”, en effet, ils sont de l’ordre de 20 à 30 quintaux/ha, alors que les variétés modernes atteignent en moyenne en Auvergne-Rhône-Alpes 61 quintaux/ha en agriculture conventionnelle et 46,6 quintaux/ha en agriculture biologique
  • Les itinéraires techniques de production de ces blés sont encore en cours de calage, ce qui rend les agriculteurs parfois réticents à se lancer dans la production, par manque de références. Des travaux sur les dates de semis, les densités de semis et la fertilisation sont engagés au sein du GIEE Graines de l’Ain.
  • Enfin, les aspects réglementaires qui interdisent la vente et l’échange de ces semences en dehors d’un cadre de recherche rendent leur accès délicat. Cependant, cela peut également être vu comme une opportunité de travailler davantage de façon coopérative et démonétisée en cherchant à maximiser les interactions entre agriculteurs d’un même territoire.

Comment contourner ces inconvénients ? 

Certains inconvénients agronomiques comme la sensibilité à la verse sont contournés en réalisant des mélanges de différentes variétés, le partage d’expériences entre agriculteurs permettra de continuer le travail de sélection en identifiant les caractéristiques à valoriser/corriger pour chaque variété. Cela passe par exemple par la participation à la Tournée des blés organisée par l’ARDEAR (voir ici le programme).

 

 

Le GIEE graines de l’Ain réalise un  important travail de sauvegarde de la biodiversité cultivée tout en permettant aux agriculteurs de se réapproprier le processus de sélection pour des variétés adaptées à leur système. Ces variétés rustiques et adaptables à l’environnement répondent aux besoins d’une agriculture agroécologique moins demandeuse en intrants ainsi qu’aux préoccupations des consommateurs qui recherchent des pains aux saveurs originales. La performance économique devrait également être atteinte par la maîtrise de l’approvisionnement en semences et la rémunération des producteurs au juste prix.

Un second article sur la thématique de la panification et commercialisation sera publié prochainement.

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