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Couverts végétaux d’interculture : contraintes ou leviers ?

Depuis 2012, les directives européennes dites « directives nitrates » imposent une couverture des sols agricoles sur les zones vulnérables en hiver. A cette période, les sols laissés sans couverture sont sensibles à la fuite des nitrates vers les nappes, aussi appelée lixiviation, du fait des précipitations. L’objectif est de limiter cette lixiviation, et donc la pollution des eaux, soit par la captation des nitrates par des plantes, le couvert est alors appelé CIPAN (Culture Intermédiaire Piège A Nitrates), soit en limitant l’entrainement des nitrates par l’eau dans le sol et à sa surface par la présence d’un mulch.

Aussi appelés engrais verts, les couverts végétaux d’interculture sont régulièrement considérés comme des exigences réglementaires. Cependant, leurs intérêts environnementaux et agronomiques sont de plus en plus reconnus et en font des leviers agro-écologiques indispensables au bon fonctionnement des systèmes de cultures.

Couvert végétal d’interculture, qu’est-ce que c’est ?

Les couverts végétaux d’interculture répondent à un principe simple : dans la nature (sauf exceptions), les sols nus n’existent pas. En l’absence de culture, les sols sont automatiquement colonisés par des plantes bioindicatrices de l’état du sol. Ces plantes sont souvent qualifiées de « mauvaises herbes » ou « adventices ». Un couvert végétal d’interculture désigne alors un ensemble de plantes cultivées volontairement pour recouvrir un sol de manière la plus permanente possible au cours de l’année. Cette couverture maîtrisée dans sa composition et sa temporalité calque donc la Nature en occupant un espace de sol autrement laissé nu. En système céréalier, de polyculture-élevage ou en maraîchage, il s’agit souvent de cultures intermédiaires qui s’intercalent entre deux cultures commerciales. Dans les cultures pérennes (arboriculture, vigne) les couverts végétaux s’intercalent dans l’espace entre les rangs cultivés.

Couverts végétaux : de l’interculture à l’association

De plus en plus d’agriculteurs produisant des grandes cultures (céréales, oléagineux, protéagineux) dans des systèmes céréaliers ou de polyculture-élevage optent pour l’utilisation de couverts végétaux d’interculture au-delà des périodes qui leurs sont traditionnellement dévolues. Il s’agit alors de couverts végétaux plus ou moins pérennes qui sont associés spatialement et temporellement aux cultures commerciales de la rotation. On parle alors d’associations de cultures, en opposition aux cultures pures que l’on a généralement l’habitude de voir dans nos campagnes.

Les espèces de couverts végétaux choisies pour l’association sont généralement différentes et moins diversifiées que celles utilisées pour les intercultures. On privilégiera en association des plantes présentant un risque de concurrence avec la culture commerciale faible à modéré. Au contraire, les espèces semées en interculture devront être vigoureuses, occuper l’espace le plus rapidement possible et produire la plus grande quantité de biomasse possible.

Les avantages des couverts végétaux

En plus de leur premier rôle évident de remplacement et donc de frein aux adventices, les couverts végétaux répondent à des objectifs agro-écologiques variés selon les besoins des systèmes de production dans lesquels ils sont utilisés.

Amélioration de la fertilité globale des sols : chimique, physique, biologique

    • Par la photosynthèse, les couverts végétaux sont de véritables puits de carbone atmosphérique. Ils le stockent dans leurs tissus et le restituent au sol au moment de leur destruction (sous forme de matières organiques plus ou moins stables). La fixation d’azote atmosphérique est également assurée par les couverts qui contiennent des légumineuses (trèfles, luzernes, pois, vesces, etc.)
    • Durant leur croissance, les couverts végétaux fixent des nutriments minéraux du sol dans leurs tissus et évitent ainsi la perte de ces nutriments par lixiviation. Ces minéraux seront restitués au sol et aux cultures suivantes une fois les couverts d’interculture détruits.
    • Les systèmes racinaires des couverts sont structurants. Ils assurent la cohésion des particules de terres entre elles. Certaines espèces à racine pivotante puissante (crucifères notamment) créent des fissures qui permettront à l’eau de mieux circuler dans le sol et seront de futures voies d’accès aux nutriments pour les cultures suivantes.
    • L’enrichissement du sol en matières organiques issues des couverts d’interculture induit sa stabilisation physico-chimique. Une partie de ces matières organiques (l’humus) s’associe avec les argiles du sol pour former un complexe structurant appelé « complexe argilo-humique » qui capte les éléments minéraux et évite leur lixiviation.
    • L’augmentation du taux de matière organique du sol permet également une meilleure absorption de l’eau.
    • La matière organique constitue enfin la réserve alimentaire de toute la faune du sol, des micro-organismes aux vers de terre.

Protection face aux agressions

    • Des sols mieux structurés et plus riches en matières organiques sont moins sensibles aux aléas climatiques, notamment aux épisodes climatiques extrêmes, et à l’érosion ou aux travaux du sol.
    • Les résidus de couverts végétaux laissés en surface du sol constituent également une protection physique de sa surface. De nombreux organismes y vivent.

Une seconde vie pour les couverts végétaux ?

Parfois récoltés pour le fourrage, les couverts végétaux trouvent aussi une seconde vie à travers la technique de biofumigation. Cela concerne principalement les crucifères. Lorsqu’elles sont broyées finement, certains composés organiques qu’elles contiennent sont libérés dans le sol et empêchent les adventices de germer ou certains ravageurs (par exemple, les nématodes) de s’attaquer aux cultures commerciales suivantes.

Quelle composition pour un bon couvert ?

Comme évoqué précédemment, le choix des espèces à utiliser dans un couvert végétal dépend de l’usage qu’on lui attribue : interculture ou association, fourrages ou plantes de services agro-écologiques, protection des sols vis-à-vis du climat ou amélioration de la biodiversité. Même si la plupart des fonctionnalités des couverts sont concomitantes, le choix de certaines espèces orientera le couvert vers un usage ou vers un autre.

Même si l’usage en pur d’une espèce de couvert est possible, sur le modèle des cultures commerciales traditionnelles, les mélanges d’espèces sont à privilégier pour tirer parti de la complémentarité des espèces entre elles. Le choix de familles d’espèces (crucifères, graminées, légumineuses, astéracées, etc.) complémentaires est important mais les espèces et le nombre d’espèces à associer importe moins et peut être déterminé selon la disponibilité des semences ou l’imagination de l’agriculteur !

 

Grâce à toutes ces fonctionnalités, les couverts végétaux sont un moyen efficace d’améliorer l’état général des systèmes de cultures et des sols qui les portent. Cette amélioration permet par la suite de limiter l’usage des intrants grâce à une fertilité des sols améliorée et des attaques de ravageurs moins nuisibles. Leurs usages évoluent et il devient de plus en plus nécessaire de les traiter comme des cultures à part entière et d’y apporter les mêmes soins qu’aux cultures commerciales.

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